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oui au principe de précaution, non au "syndrome de précaution"
Interview pour le magazine "Archirecture A Vivre"
29 Mai 2006
« Ne pas tomber dans la psychose »

Comme tout sujet qui inquiète, certaines dérives pseudo-scientifiques peuvent apparaître dans le domaine des champs électromagnétiques. Appliquer le principe de précaution, mais ne pas tomber dans la psychose, telle est la mise en garde du Dr. Suzanne Déoux, expert indépendant Santé-Bâtiment.

Comment expliquer que, malgré la multiplication des études, les avis ne soient pas tranchés sur les effets sanitaires des champs électromagnétiques ?

Toutes les études n'ont pas la même qualité scientifique et ne sont donc pas comparables. Si l'on veut analyser les effets sanitaires des champs électromagnétiques, il faut d'abord améliorer l'évaluation des expositions humaines, ce qui est difficile pour de multiples raisons : connaître la durée réelle d'exposition, son intensité, sa variabilité, la différence entre l'exposition des enfants et celle de l'adulte, etc. Souvent les études ne comportent aucune mesure de champs électromagnétiques ou seulement quelques mesures ponctuelles. Elles extrapolent des valeurs à partir de la distance à une ligne électrique ou à une station de base de téléphonie mobile. Ensuite, les études épidémiologiques nécessitent un protocole rigoureux, une sélection correcte et représentative des cas et des témoins. Elles doivent éviter le plus possible les biais qui tendent à produire une estimation différente de la vraie valeur.

Selon vous, sur quoi les études devraient se concentrer ?

Les recherches doivent surtout concerner les enfants. L'OMS* souhaite une meilleure évaluation des expositions prénatales et infantiles aux champs d'extrêmement basses fréquences liés, en particulier, aux planchers chauffants électriques et aux transformateurs dans les immeubles résidentiels et les écoles. Concernant les radiofréquences, l'OMS souligne le besoin d'orienter les travaux sur les tumeurs du cerveau et la fonction cognitive, chez l'enfant. Peu d'études épidémiologiques ont, en effet, examiné les effets sanitaires chez les enfants qui utilisent des téléphones mobiles ou qui vivent près de stations de base, mais aussi d'émetteurs de radio ou télévision.

Dans le doute, quelle attitude adopter ?

Notre environnement électromagnétique quotidien est très complexe. Il faut se garder de simplifications hâtives et de confusions qui ne servent pas l'information du public, mais augmentent son inquiétude. Les données scientifiques concernant l'exposition des enfants aux champs magnétiques 50 Hz comme au rayonnement des téléphones portables, bien qu'incertaines, sont suffisantes pour mettre en œuvre le principe de précaution.
Concernant les antennes-relais de téléphonie mobile, l'OMS a publié, en mai 2006, une nouvelle note d'information rappelant que leur puissance d'émission est beaucoup plus faible que celle des émetteurs radio et télévision et surtout que le corps, en raison de sa taille, absorbe cinq fois moins de rayonnement GSM (900 MHz et 1 800 MHz) qu'avec les ondes FM (100 MHz) ou TV (300 à 400 MHz). Les stations radio et télévision fonctionnent depuis plus de 50 ans sans qu'aucune conséquence sanitaire ait pu être établie.
Il faut donc éviter de transformer le principe de précaution en "syndrome de précaution". L'inquiétude du public provient des annonces médiatiques de nouvelles études scientifiques avant confirmation de leurs résultats. Ceci génère un sentiment d'inquiétude responsable de troubles neuro-végétatifs réels. A cela s'ajoute l'impact esthétique des antennes.

Quels sont risques potentiels à prendre en compte dans nos maisons ?

L'intensité des champs électromagnétiques baisse en fonction du carré de la distance à la source. Donc, l'éloignement suffit pour ne pas être exposé. Par exemple, si on triple la distance, l'importance du rayonnement est divisée par neuf.
Regarder la télévision à plus d'1,50 m, éloigner le radio-réveil placé près du lit à 0,70 m, se reposer à plus d'un mètre d'un aquarium muni d'une pompe, s'éloigner d'environ deux mètres d'un four à micro-onde en fonctionnement, éviter l'utilisation de couverture chauffante lors du sommeil, choisir des lits motorisés qui n'émettent un champ magnétique qu'au moment de la mobilisation, utiliser des rasoirs manuels plutôt qu'électriques, préférer une plaque de cuisson électrique traditionnelle plutôt qu'une à induction : tous ces gestes évitent de s'exposer inutilement.

Et plus particulièrement pour les enfants ?

Afin que les enfants ne soient pas exposés à des champs magnétiques 50 Hz de plus de 0,4 microTesla (µT), il est prudent d'éviter la construction d'immeubles ou d'écoles sous des lignes électriques, de choisir une implantation judicieuse des transformateurs dans ces bâtiments. Les planchers rayonnants électriques avec câbles unifilaires génèrent un champ magnétique qui peut exposer les jeunes enfants vivant très près du sol alors que les câbles chauffants à double conducteur sont amagnétiques, c'est-à-dire avec un champ magnétique voisin de zéro. Pour les installations avec des câbles unifilaires qui existent déjà dans les crèches et dans les chambres d'enfant, l'Office fédéral suisse de la santé publique (OFSP) recommande l'arrêt du chauffage électrique au sol pendant l’occupation des locaux. Du fait de l’arrêt, le champ magnétique est totalement éliminé. Le sol peut stocker la chaleur et la diffuser dans le local après l’arrêt du chauffage.
Des petits détecteurs de champ magnétique 50 Hz peu coûteux permettent à tous de visualiser le seuil de 0,4 µT pour éviter aux enfants des expositions de longue durée.

Qu’en est-il pour les téléphones portables, dont le marché s’étend aux enfants de plus en plus jeunes ?

En raison des incertitudes scientifiques sur la plus grande sensibilité des enfants aux hyperfréquences, le rapport britannique 2004 du NRPB** préconise de limiter au niveau le plus bas possible l'exposition de la tête des enfants au téléphone mobile par des téléphones avec un débit d'absorption spécifique faible (DAS), par l'utilisation du kit main libre qui doit être de la marque de l'appareil, par une meilleure information des parents et des enfants, par des recommandations sur les modes d'usage du mobile.
En raison des niveaux d'émission réellement très faibles des antennes-relais GSM et, de plus, variables selon le volume des appels (quasi nuls, la nuit), l'OMS rappelle à nouveau, en mai 2006, qu'il n'y a aucune évidence scientifique d'un risque sanitaire.

* L'Organisation mondiale de la santé (en anglais World Health Organisation), à travers l'important programme international EMF Project, a analysé toute la littérature scientifique sur les champs électromagnétiques de 0 à 300 GHz pour évaluer les risques et identifier les mesures de protection : www.who.int/emf

** NRPB National Radiological protection Board

A lire : Le Guide de l’habitat sain, Drs Suzanne et Pierre Déoux, Editions Medieco. 2ème edition. 2004