Medieco écologie médicale pour des bâtiments sains
qui sommes nous
prestations medieco
parutions medieco
formations medieco
le magnetic alert
les news
parutions
contactez-nous
contactez-nous
pour commander
Actualités
Formaldéhyde : l'odorat nous alerte !
article de S. Déoux dans "la maison écologique" Avril 2004
17 Mars 2004
Le formaldéhyde est l'un des composés chimiques le mieux connu et le plus fréquent
de l'air de nos bâtiments. Il fait partie de la grande famille des composés organiques
volatils ou COV. Il est un composant naturel de la troposphère dont une grande partie provient de la dégradation du méthane, lui-même issu de la fermentation anaérobie de la matière organique dans les marais, les rizières et … l'estomac des ruminants.

Carte d'identité du formaldéhyde

Famille chimique : aldéhydes
Synonymes : aldéhyde formique, formol, méthanal
Numéro CAS (Chemical Abstracts Service Number) : 50-00-0
Formule chimique : HCHO ou CH2O
Faible poids moléculaire
Gaz incolore, très soluble dans l'eau
Odeur caractéristique : âcre, piquante et irritante
Facteur de conversion : 1 ppm (partie par million) = 1.23 mg/m3 ; 1 mg/m3 = 0,80 ppm

Polluant de l'air de nos villes

En zone urbaine, les sources majeures de formaldéhyde sont liées à la combustion. Les véhicules à moteur représentent la plus importante source humaine directe de formaldéhyde présent dans l’environnement. Par exemple, au Canada, en 1997, la circulation automobile a émis 11 284 tonnes de formaldéhyde dans l’atmosphère tandis qu'au cours de la même année, les rejets liés aux procédés industriels se sont élevés à 1 424 tonnes. Il se dégage également lors de la combustion de la biomasse, par exemple, lors des feux de forêt et de broussailles.
Le formaldéhyde ne persiste pas dans l’environnement, mais son dégagement et sa formation peuvent être continus. Il ne contribue pas à l’appauvrissement de la couche d’ozone ni aux changements climatiques. En raison de sa photoréactivité et de ses concentrations relativement élevées dans les villes, il joue un rôle dans la formation d’ozone troposphérique.

Polluant de l'air de nos bâtiments

Les concentrations les plus élevées sont mesurées dans l'air intérieur car le formaldéhyde, base peu coûteuse pour un nombre important de réactions chimiques, entre dans la composition d'une gamme très large de produits. C'est ainsi qu'au cours de l'étude pilote de l'Observatoire de la qualité de l'air intérieur, les concentrations de formaldéhyde mesurées dans les logements et dans les locaux scolaires sont respectivement jusqu’à 9 et 20 fois supérieures à celles observées à l’extérieur.

La fumée de tabac est la source de formaldéhyde la plus importante, bien qu'un autre aldéhyde, l’acétaldéhyde, y soit encore plus abondant. Chaque cigarette produit une fumée secondaire contenant environ de 1 à 2 mg de formaldéhyde. La valeur limite de 0,12 mg/m3 de concentration ambiante de formaldéhyde recommandée par l'Organisation Mondiale de la Santé est atteinte, dans un local de 30 m3, par seulement deux cigarettes fumées. Le formaldéhyde se fixe alors sur les surfaces et est ensuite réémis. Ce phénomène d'adsorption-désorption dépend des produits et est important avec les moquettes, les textiles, les meubles, les dalles acoustiques, etc..

Les produits dérivés du bois sont une autre cause fréquente de contamination des bâtiments par le formaldéhyde en raison de son utilisation dans la synthèse de résines urée-formaldéhyde (UF) et phénol-formaldéhyde (PF) lesquelles sont employées pour le collage des bois agglomérés, panneaux de particules, contreplaqués, etc. C'est surtout la résine urée-formaldéhyde, qui est à l’origine des dégagements de formaldéhyde dans l’air intérieur. En général, ce sont les produits nouvellement fabriqués qui dégagent le plus de formaldéhyde. La chaleur et l'humidité augmentent les émissions qui, cependant, diminuent avec le temps. Après un certain nombre d’années, elles deviennent très faibles.

Ces panneaux de bois sont largement utilisés dans les produits de construction et dans la fabrication de meubles, d'éléments de cuisine, d'étagères de placards, de sous face de planchers, d'entourage de lavabos et baignoires, également dans les mobile homes où les teneurs de formaldéhyde peuvent être plus élevées que dans les autres bâtiments.

Les mousses isolantes urée-formol (MIUF), surtout utilisées en Amérique du Nord, dans les années 70, par injection dans les murs, ont été une source importante de formaldéhyde dans l'air intérieur et la cause de très nombreux problèmes de santé, en particulier, en raison d'applications défectueuses et du risque d'humidification de la MIUF. Ces mousses isolantes ont été interdites au Canada en 1980 et aux USA en 1982. En France, l'utilisation des mousses urée-formol dans les locaux à usage d'habitation ou destinés à une occupation humaine permanente ou semi-permanente est réglementée par le décret du 6 mai 1988. Dans les bâtiments, l'arrêté du 6 mai 1988 a fixé la teneur maximale de formaldéhyde provenant de l'injection de mousses urée-formol à 0,2 ppm bien que la recommandation de l'Organisation Mondiale de la Santé soit de 0,1 ppm.

Le formaldéhyde est un désinfectant efficace qui tue, à des concentrations relativement élevées, les micro-organismes comme les bactéries, les virus, les champignons et les parasites. Cette propriété explique son emploi dans d'innombrables produits : désinfectants, conservateurs dans des produits en phase aqueuse, inactivateur de virus dans les vaccins, pâtes gingivales, etc.

Sources intérieures d'émission du formaldéhyde

Sources majeures
• fumée de tabac environnementale : de loin la plus importante
• bois collés avec résines aminoplastes (urée-formol, mélamine-urée-formol), par ex : panneaux de fibres de moyenne densité (MDF), contreplaqués de bois de feuillus
• meubles fabriqués avec des panneaux de particules
• mousse isolante urée-formol

Sources modérées
• bois collés avec résines phénoplastes (phénol-formol, résorcine-phénol-formol), par ex : panneaux d'OSB, bois lamellé-collé, contreplaqués de bois de résineux
• cuisson au gaz, poêles à bois
• moquettes, tapis
• vernis pour parquets
• peintures et colles en phase aqueuse

Autres sources
• produits nettoyants pour sols
• agents désinfectants et stérilisants
• enduits et préservation du bois
• laines minérales : liant phénol-formol
• apprêt des textiles : rideaux , tissus infroissables
• véhicules dans les garages intégrés dans habitation
• papier à copier sans carbone
• cosmétiques, généralement moins de 0,3 % de formol
• durcisseurs pour ongles : jusqu'à 5 % de formol

Des effets toxiques pour des faibles concentrations

La population générale est exposée au formaldéhyde principalement par inhalation. En raison de son extrême solubilité dans l'eau, 98 % du formaldéhyde inhalé se dissout rapidement dans les muqueuses des voies respiratoires supérieures où il exerce son action irritante créant des lésions au niveau de la muqueuse nasale.

Les signes sensoriels sont précoces. L'odeur piquante est détectable à basse concentration. Le seuil olfactif se situe entre 0,06 et 1 ppm. Cinquante pour cent des individus sont capables de détecter 0,5 ppm. Les irritations des yeux, du nez et de la gorge surviennent à de très faibles concentrations de l'ordre de 0,2 et 1,6 ppm (0,25 à 2 mg/m3). Néanmoins, l'irritation oculaire peut apparaître avant que l'odeur ne soit perçue.

Chez certains sujets, une sensibilité particulière au formaldéhyde se traduit par des altérations du système immunitaire, à l'origine de pathologies asthmatiques.

Des troubles neurologiques (perte de la mémoire, manque de concentration) ont été décrits. Une corrélation a été établie entre l'exposition au formaldéhyde et la baisse de performance lors de tests alliant dextérité, mémoire, coordination.

Les réactions d’irritation cutanée n’apparaissent de façon certaine qu’au contact direct de
solutions contenant du formaldéhyde chez environ 5 % des sujets. Le formaldéhyde est un agent de sensibilisation cutanée induisant une dermatite allergique ou une urticaire de contact lors d’expositions répétées à des produits domestiques, à des vêtements et des textiles, à du papier à copier sans carbone.

Une augmentation de la fréquence du cancer nasal chez des rats exposés à de fortes concentrations de formaldéhyde et quelques études épidémiologiques ont largement contribué à le considérer « cancérogène probable » chez l’homme dans les différentes classifications des cancérogènes (IARC, Union Européenne, EPA).

Pour garantir la qualité de l’air, l'Organisation Mondiale de la Santé recommande de ne pas dépasser 0,12 mg/m3 de formaldéhyde pendant 30 minutes et 0,012 mg/m3 lors d'hypersensibilité respiratoire.

Mesurer les concentrations intérieures et l'exposition au formaldéhyde

A la différence des méthodes actives nécessitant des pompes encombrantes et bruyantes, des badges ou tubes — techniques passives — permettent, avec certaines précautions d'utilisation, des mesures d'une semaine à un mois des concentrations intérieures de formaldéhyde. Mieux, certains badges portés par les occupants d'un bâtiment évaluent leur exposition réelle à ce polluant ou permettent en deux heures par comparaison colorimétrique d'évaluer les émissions d'une source suspectée (meubles, panneaux, etc.).

Des solutions

Avant de se soucier des émissions de formaldéhyde des produits, il est indispensable de ne plus contaminer l'air intérieur par la fumée de tabac.

L’amélioration de la fabrication des produits dérivés du bois a considérablement réduit les taux d’émission du formaldéhyde. Suite à la directive allemande de juin 1994, les panneaux de classe E1 ont leurs émissions de formaldéhyde limitées à 0,1 ppm.
Le marquage CE est effectif depuis 2003 pour les panneaux de bois. Il rend obligatoire l'information sur la classe de dégagement de formaldéhyde. La dernière mention du marquage est soit E1 ou E2. S'il s'agit de contreplaqué à collage phénolique, il n'y a pas nécessité de faire la preuve de la classe E1 par un essai puisque cette résine est peu émissive de formaldéhyde.
Pour les parquets, le projet de norme pour le marquage CE contient également des exigences concernant le formaldéhyde. Mais il est précisé que les bois massifs ou sans revêtement ou finition ne contiennent pas de formaldéhyde. Par contre, si les parquets ou planchers ne sont pas en bois massif, les résultats de tests de mesure par un laboratoire tiers devront prouver les teneurs en formaldéhyde. Une liste de fournisseurs de panneaux à faible taux de formaldéhyde est établie sur le site : www.ctba.fr.

L'écolabel européen est attribué aux produits textiles en contact direct avec la peau ayant moins de 30 ppm de formaldéhyde et aux autres tissus d'ameublement, rideaux ou tentures s'ils contiennent moins de 300 ppm.

Enfin, comme pour tout polluant, un bon renouvellement de l'air des bâtiments est indispensable pour diminuer l'exposition des occupants.