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Polluants atmosphériques intérieurs - F.Grimaldi et S.Déoux
L'air et la santé. Medecine-Sciences FlammarionChap 4. pp.35-53
01 Mai 2004
Frédérique GRIMALDI
Université de la Méditerranée, Faculté de Pharmacie, Laboratoire de Toxicologie, 27, Bd Jean Moulin, 13385 Marseille cedex 5, Tel .04 91 83 56 11 – Fax : 04 91 80 26 12
e-mail : grimaldi@pharmacie.univ-mrs.fr


Suzanne DÉOUX
Médecin O.R.L., spécialiste en médecine environnementale
MEDIECO, Ingénierie d'Ecologie Médicale, BP 278, Andorra-la-Vella, Andorre, Tel : 00 376 836 318 — Fax : 00 376 835 056
Courriel : medieco@andorra.ad — Site Internet : http://www.medieco.info



Lorsque l'on aborde la notion de pollution atmosphérique, il est classique de se référer à la pollution de l'extérieur, des rues des cités, à la rigueur à celle qui sévit dans les ambiances de travail. D'ailleurs, la plupart des enquêtes épidémiologiques entreprises pour tenter d'établir des corrélations entre la pollution de l'atmosphère et la genèse d'affections respiratoires ou d'autres maladies n'ont fait le plus souvent intervenir que des polluants mesurés à l'extérieur des bâtiments. Cependant de nombreux chercheurs s’intéressent de plus en plus aux pollutions "indoor". Et il faut reconnaître que, dans la plupart des sociétés, la majorité des individus passe la plus grande partie de son temps à l'intérieur, la vie en plein air ne représentant pour l'homme qu'une part minime dans son existence (1). La qualité de l'air intérieur apparaît donc encore plus importante du point de vue de la santé et du bien être que celle de l'air extérieur (2,3,4).

Mais cette étude de "pollution intérieure des locaux" est fort complexe (5). En effet, la concentration d'un polluant atmosphérique à l'intérieur des bâtiments est fonction de nombreux facteurs. Elle dépend non seulement de celle qui peut régner à l'extérieur, mais aussi des sources internes propres à chaque habitation ou à chaque local (6,7).

D'autre part, l'implantation de points de mesure à l'intérieur pose plus de problèmes pratiques qu'à l'extérieur (8). En effet, alors qu'il est possible de caractériser la pollution extérieure d'une zone en effectuant les mesures en un seul endroit, le choix du lieu d'implantation des postes de mesure nécessaires à l'évaluation de la pollution de l'air à l'intérieur des bâtiments d'une ville ou d'un quartier est matériellement difficile. Par ailleurs, la présence d'appareils dans des appartements et lieux publics est souvent gênante (bruit, encombrement). Néanmoins depuis ces dix dernières années, des travaux de plus en plus nombreux sont consacrés aux problèmes de santé liés à la qualité des bâtiments.

En effet, jusque vers le milieu des années soixante-dix, la qualité de l'air à l'intérieur de locaux publics ou privés n'a pas été l'objet de grandes préoccupations par rapport à l'air extérieur, puis la crise du pétrole est venue mettre en évidence l'importance du gaspillage d'énergie qu'occasionnait en particulier le chauffage des locaux.

Dès lors des travaux d'isolation des bâtiments étaient entrepris à grande échelle en vue de diminuer les pertes de chaleur. Mais, en contrepartie, les échanges d'air entre l'extérieur et l'intérieur étaient considérablement réduits. Ce confinement ne tarda pas à provoquer des situations de dégradation de la qualité de l'air intérieur : il s'agissait là d'un problème de santé publique, trop longtemps méconnu et sous-estimé, qu'il fallait étudier de manière globale et systématique. De nombreux pays, dont la France (1978), se sont alors intéressés à ce sujet et ont lancé de vastes campagnes d'études pour mieux appréhender l'origine des polluants, la nature des produits rencontrés dans les ambiances intérieures, leurs facteurs de variations, le degré d'exposition des populations dans les différents environnements intérieurs, afin de mettre en œuvre une politique de prévention du risque sanitaire lié à ce type de contamination.

Les différentes étapes de l'analyse de ce risque sanitaire seront présentées en se focalisant plus spécifiquement sur l'aéro-contamination chimique (excepté l’aérosol tabagique, traité séparément dans cet ouvrage) et sur la prévention plus précisément axée sur la réduction des émissions des produits de construction.

1. ORIGINE DES POLLUANTS DE L'INTÉRIEUR
L'homme passe entre 70 et 90 % de son temps (jusqu'à 97 % pour les "femmes au foyer") à l'intérieur de locaux divers (locaux d'habitation, de travail ou destinés à recevoir le public) et de moyens de transport, où il est soumis à l'action de polluants qui peuvent différer qualitativement et / ou quantitativement de ceux de l'extérieur.

Trois sources essentielles contribuent à l'aéro-contamination de l'intérieur :
- la pollution en provenance de l'extérieur ;
- la pollution due à l'homme lui-même à l'intérieur des locaux, à ses activités, aux appareillages qu'il emploie, à la présence d'animaux, sans oublier les contaminants spécifiques des ambiances "professionnelles" ;
- la pollution imputable à certains matériaux ou produits et au mobilier.

1.1.Polluants provenant de l'extérieur

Les polluants émis à l'extérieur par les établissements industriels, le chauffage domestique et collectif, le trafic routier, peuvent pénétrer à l'intérieur des locaux par les fenêtres, les portes, les cheminées, les systèmes de ventilation et tous les interstices qui font communiquer les deux ambiances (9,10).

L'évaluation du transfert de la pollution de l'air extérieur dans un logement inoccupé, en hiver et en été, à Paris, dans une zone de trafic urbain important montre que le passage des polluants de l'extérieur vers l'intérieur des bâtiments diffère selon les contaminants. Le monoxyde de carbone et le dioxyde d'azote sont intégralement transférés. La réduction des concentrations intérieures de monoxyde d'azote est plus importante en été qu'en hiver. L'ozone O3, mesuré seulement en été, est le polluant qui subit la plus forte diminution à l'intérieur, environ 80 %. Les concentrations intérieures de dioxyde de soufre SO2 sont diminuées de 33 %, les particules fines et les fumées noires de 20 %. La présence de matériaux absorbants comme les dalles acoustiques augmente cette diminution qui atteint 75 % pour SO2 et 90 % pour O3 (11).

Les occupants du local eux-mêmes peuvent apporter à l'intérieur des polluants fixés sur leurs vêtements et leurs cheveux (12).

Des polluants peuvent provenir des sols sous-jacents aux bâtiments situés, soit sur des friches industrielles ou d'anciennes décharges recouvertes, soit sur des sols granitiques à concentration élevée d'uranium et de thorium.

1.1.1. Le radon
Le radon est un gaz radioactif d'origine naturelle provenant de la désintégration de l'uranium et du thorium. Il émet une particule radioactive alpha et en donnant naissance à des "descendants" à vie courte qui tendent à se fixer sur les particules atmosphériques, peuvent être inhalés et irradier ainsi les poumons. Le radon est responsable d'environ 40 % du bilan radiologique de l'homme. C'est la deuxième cause d'irradiation après les expositions médicales. Depuis 1987, le radon est reconnu cancérogène pulmonaire (Groupe 1) par le Centre International de Recherche sur le Cancer ou International Agency for Research on Cancer (13). Selon l'Institut de Protection et de Sûreté Nucléaire (IPSN), l'estimation indirecte des risques conduit à attribuer au radon 2 000 cas de cancers du poumon par an, en France (14). C'est dire l'importance que l'on doit accorder à la surveillance de ses émissions et à la limitation de ses concentrations dans les espaces clos dans les régions à risque (15).
La cartographie du radon en France publiée en 2000 par l'IPSN montre que 31 départements français enregistrent des taux moyens de radon domestique supérieurs à 100 Bq.m-3 (16). Les concentrations les plus fortes, supérieures à 250 Bq.m-3, se situent en Creuse, Lozère et Corse du Sud tandis que les teneurs les plus faibles sont mesurées dans les départements où les sols sont de nature sédimentaire tels que les Bouches du Rhône, les Landes.

1.2. Polluants liés à l'activité humaine

La seule présence de l'homme au sein d'un local est génératrice de gaz carbonique et d'humidité provenant de sa respiration, d'odeurs corporelles, de productions épidermiques... Il en est de même pour les animaux domestiques : les poils de chats, par exemple, peuvent déclencher des manifestations d'allergie chez les personnes sensibles (17).

Les activités humaines et les appareillages utilisés à l'intérieur sont autant de sources de pollution. Citons à ce propos :

- les opérations de cuisson et de chauffage au gaz, au bois ou au charbon,
- les feux dans les cheminées ou les poêles (bois, charbon, mazout, pétrole),
- les appareils de production d'eau chaude au gaz,
- les chauffages d'appoint au butane, au kérosène...
- l'utilisation des produits d'entretien, de nettoyage, de pesticides, de cosmétiques,
- les activités de bricolage, avec les vapeurs de solvants, les particules métalliques ou autres, les monomères,... qui sont ipso facto répandus dans l'atmosphère environnante (18, 19),
- les odeurs culinaires et autres : précisons que les nuisances olfactives sont considérées comme des polluants de l’air d’après la loi sur l’air et l’utilisation rationnelle de l’énergie,
- les "épurateurs d'air", les photocopieurs, les imprimantes laser, les ioniseurs qui peuvent produire de l'ozone.

1.3. Polluants imputables à certains matériaux ou produits et au mobilier

Les produits de construction, le mobilier, les divers équipements peuvent être des sources de contaminants de l'environnement intérieur (20, 21).

1.3.1. Les aldéhydes

Le formaldéhyde est le plus étudié car largement utilisé dans la fabrication de très nombreux produits. En effet, les produits dérivés du bois tels que panneaux de particules, de fibres, de copeaux longs, contreplaqués, lamellés-collés sont fabriqués avec des débris ou des couches fines de bois assemblés avec des résines et des colles à base de formaldéhyde. Les bois agglomérés au moyen de colles "urée-formol" sont employés pour la fabrication de cloisons, plafonds, planchers, panneaux acoustiques, meubles domestiques ou scolaires (22). Des peintures, des vernis pour parquets, des moquettes, des textiles, peuvent aussi en émettre. Cependant, la fumée de tabac reste la source intérieure de formaldéhyde de loin la plus importante (23) (voir chapitre correspondant).
Le dégagement de formaldéhyde varie en fonction des conditions de température et d'humidité (24, 25,26). Il diminue avec le vieillissement des matériaux et, bien entendu, avec un accroissement de la ventilation (27).
Son odeur piquante est détectée à basse concentration (de 0,06 à 0,22 mg.m-3). A des concentrations relativement élevées à l'intérieur des bâtiments sont associés le plus souvent des phénomènes d'irritation des yeux, des voies aériennes supérieures, des épisodes dyspnéiques surtout chez les enfants (28, 29, 30). En raison de risques à long terme, le formaldéhyde a été classé cancérogène probable (groupe 2A), en particulier, pour la muqueuse nasale (31).
Pour prévenir l'irritation sensorielle dans la population générale, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande la concentration de 0,1 mg.m-3 de formaldéhyde comme valeur guide de qualité de l'air (23). En cas d'hypersensibilité, la concentration ne devra pas excéder 0,01 mg.m-3 comme moyenne pendant 30 minutes.

1.3.2. Les composés organiques volatils (COV)

Les composés organiques volatils sont des substances chimiques qui se volatilisent aux températures ambiantes des bâtiments. Par leur contact direct avec l'air intérieur, ce sont particulièrement les produits de finition (revêtements de sol et de mur, peintures…) et l'ameublement qui contribuent de manière non négligeable aux concentrations en COV de l'air ambiant.
A l'exception des matériaux minéraux ou métalliques, tous les matériaux organiques, qu'ils soient d'origine naturelle ou synthétique, émettent des composés organiques volatils (32). La différence concerne seulement les quantités émises et le type des composés. Les émissions des matériaux sont surtout importantes après leur fabrication, mais différents facteurs peuvent ensuite agir sur les matériaux et provoquer le dégagement d'autres substances. On distingue donc les émissions primaires et secondaires des matériaux. Ces dernières peuvent, plus que les primaires, affecter la qualité de l'air.
1.3.2.1. Emissions primaires de COV
Les émissions primaires sont dues aux composants du matériau. Elles sont importantes immédiatement après la fabrication ; elles diminuent d’environ 60 à 70 % au cours des six premiers mois. Leur disparition survient généralement après un an de mise en œuvre ou d'utilisation.
1.3.2.2. Emissions secondaires de COV
Ces émissions, qui peuvent augmenter dans le temps et durer, sont dues à l'action sur le matériau de divers facteurs comme l'humidité et l'alcalinité, (chape en ciment humide), la température élevée, les traitements chimiques d'entretien, l'ozone qui augmente les émissions d'aldéhydes très odorants (33, 34).
1.3.2.3. Quantité de COV libérés
La quantité de COV libérés varie selon les produits de construction. Les plus fortes émissions sont produites par les peintures, ensuite les colles, puis les revêtements muraux, le bois, les moquettes.
1.3.2.4. Durée d'émission de COV
Les produits de construction solides tels que moquettes, isolants, papiers peints, bois agglomérés, tissus neufs, meubles en matières synthétiques, ont des émissions de COV constantes pendant des mois.
Les produits liquides comme les peintures, cires, vernis, produits d'entretien, ont des émissions élevées lors de leur application, mais dont la durée varie entre quelques heures à plusieurs mois (35).
1.3.2.5. Capacité d'adsorption et de désorption des matériaux
Tous les matériaux, sauf le verre, retiennent plus ou moins les COV émis dans l'air. Les matériaux "buvards" adsorbent de manière importante les COV et les restituent peu à peu selon des durées difficiles à connaître : dalles d'isolation phonique, papier peint, moquette synthétique…(36)
Le phénomène d'adsorption-désorption intervient de façon considérable dans la recontamination de l'air intérieur selon la capacité des matériaux à retenir et à réémettre les polluants chimiques et selon le type de COV (33). Les moquettes, les revêtements textiles sont parmi les plus adsorbants. L'adsorption des matériaux ralentit l'élimination des COV de l'air intérieur. Pour les composés organiques moins volatils, dits semi-volatils (COSV), cet "effet de puits" est très important.

1.3.3. Les produits de traitement du bois

Les procédés sont différents si le traitement est préventif, souvent réalisé en usine ou s'il est curatif, effectué alors sur les bois en place dans le bâtiment. Dans ce dernier cas, des risques d'exposition respiratoire, cutanée et digestive peuvent survenir lors de l'application des produits et après traitement. Il peut y avoir diffusion dans l'air intérieur des constructions de biocides (insecticides et fongicides) et de composés organiques volatils provenant des substances de dilution (37, 38).
Dans les produits actuels de traitement du bois, les matières actives volatiles comme le pentachlorophénol ou le lindane, mis en cause lors de problèmes de santé, sont remplacées par des pesticides dont la volatilité est très faible (39). Les produits les plus fréquemment utilisés actuellement sont les pyréthrinoïdes de synthèse et les triazoles.
Les composés organiques volatils émis par les produits de préservation du bois proviennent essentiellement des substances de dilution qui assurent la pénétration des matières actives dans le bois.
Les COV sont différents et leur quantité varie selon les deux classes de produits de traitement des bois :
- en phase organique, avec des solvants pétroliers, caractérisés par des émissions importantes. Ces solvants sont soit des white spirits lourds, soit des kérosènes. Les risques sont plus importants avec les white spirits lourds en raison de leur teneur supérieure à 5% d'hydrocarbures aromatiques (dérivés du benzène). Dans les produits de traitement curatif, les solvants sont surtout composés d'hydrocarbures aliphatiques et cycliques (principalement des alcanes et également des cyclohexanes).
- en phase aqueuse, avec des émissions nettement moins importantes, composées d'éthers de glycols dont la plupart appartiennent maintenant à la série P (propylène glycol), moins toxique (40).

1.3.4. Les fibres et les particules

Selon leur nature et leur mode d’utilisation, les matériaux peuvent libérer des particules ou des fibres.
Les particules peuvent être des poussières inertes qui ne sont pas à l’origine d’affections respiratoires. Par contre, l’inhalation importante et répétée de poussières contenant du quartz peut provoquer des fibroses et des cancers pulmonaires.
Les fibres sont des particules allongées dont la longueur est au moins trois fois plus grande que leur diamètre, selon la définition OMS. Les matériaux fibreux sont largement utilisés dans le bâtiment en raison de leur caractère isolant thermique et phonique. Que ces matériaux soient d’origine naturelle ou artificielle et de nature minérale ou organique, leur structure ”fibre” est un élément qui, a priori, est suspect d’être pathogène (41). La toxicité des matériaux fibreux dépend ensuite de leurs caractéristiques physico-chimiques.

1.3.4.1. Différentes classes de fibres utilisées dans le bâtiment
• les fibres naturelles
- soit minérales comme l'amiante
- soit organiques utilisées dans les matériaux d'isolation émergents tels que le chanvre, le lin, le coton, la laine de mouton, la cellulose issue du papier journal mais également dans les revêtements : sisal, jute, coco, jonc de mer…
• les fibres artificielles
- soit minérales comme les laines d'isolation de verre ou de roche, les fibres céramiques réfractaires
- soit organiques comme les polyaramides, polyvinylalcool, polypropylène…
Les fibres peuvent être libérées dans l'air intérieur lors de manipulations liées à la mise en place des produits, lors de leur enlèvement et lors du vieillissement des matériaux si une mise en contact avec l'air intérieur est possible. De plus, les matériaux fibreux contiennent différents liants et additifs pour améliorer la qualité du produit (41). Ils peuvent ainsi être la source d'émission de COV (phénol et formaldéhyde) et de particules.

1.3.4.2. L'amiante
L'amiante, matériau minéral naturel fibreux, a été utilisé dans de nombreux domaines de la construction et d'équipements domestiques en raison de ses nombreuses propriétés, en particulier, de résistance au feu et d'isolation phonique. Les fibres d'amiante lorsqu'elles sont inhalées sont responsables de fibrose pulmonaire et pleurale ainsi que de cancer bronchique et pleural (mésothéliome) (42). Ces affections sont bien connues dans le secteur professionnel où la réglementation est très stricte, mais peuvent survenir également au titre de la pollution "intérieure". L'amiante est classé cancérogène certain pour l'homme (groupe 1) .

1.3.4.3. Les fibres minérales artificielles
Ce sont les matériaux d’isolation les plus utilisés en raison de leurs propriétés d'isolation thermique et phonique. Les particuliers représentent 27 % des utilisateurs de laines minérales.
Selon la matière première utilisée pour leur fabrication, on parle de :
• laines de verre, élaborées à partir de sable,
• laines de roche à partir de basalte et de coke,
• laines de laitier à partir de sous-produit de la sidérurgie, le laitier de haut-fourneau.
D'après l'INRS (Institut National de Recherche et de Sécurité), les laines minérales contiennent plus de 90 % de fibres, 3 à 5 % en moyenne de liants organiques (résines phénoliques : phénol-urée-formaldéhyde ou phénol formaldéhyde), moins de 1% d'huile (43).
Les risques sont d'abord dermatologiques lors de la mise en œuvre des laines d'isolation. 50 % des ouvriers du bâtiment présentent, lors de la pose des laines minérales, des démangeaisons avec ou sans dermatose visible (41). Des manifestations allergiques respiratoires ont été reliées à la présence de liants. Enfin, le risque de cancer du poumon est évoqué depuis des décennies. Les fibres minérales artificielles ont été classées, en 1987, cancérogènes possibles, dans le groupe 2B (13). Mais, en Octobre 2001, le Centre International de Recherche sur le Cancer a décidé leur reclassification dans le Groupe 3, c'est-à-dire inclassifiables quant à leur cancérogénicité, les nouvelles fibres étant moins persistantes dans le tissu pulmonaire (44).

1.3.4.4. Les fibres organiques
En raison des procédés industriels utilisés, les fibres organiques actuelles diffèrent de celles du passé par des dimensions plus petites, par des actions biologiques différentes, par divers ajouts destinés à améliorer les produits (45).
Les matériaux d'isolation d'origine végétale ou animale (chanvre, lin, coton, cellulose, laine de mouton) n'ont pas été encore soumis à une évaluation toxicologique rigoureuse.
Seules quelques études concernent les isolants à base de cellulose utilisés surtout en Grande-Bretagne, en Europe du Nord et aux Etats-Unis (46). La matière première est le papier journal dans lequel la lignine a été conservée. D'abord déchiqueté, il est additionné de 8 % d'acide borique et de 12 % de tétraborate de sodium (borax) (47). Le broyage homogénéise le mélange. Les composés de bore sont utilisés pour retarder la propagation des flammes et rendre la cellulose résistante aux rongeurs, aux insectes et aux moisissures. Les fibres de cellulose, d'un millimètre de diamètre, sont formées par la réunion de microfibrilles très fines d'environ 0,02 micron qui rassemblent elles-mêmes les chaînes de cellulose, polymère naturel (48).
Les résultats de quelques essais de laboratoire mettent en évidence la très longue persistance des fibres de cellulose dans le tissu pulmonaire et leur facilité à déclencher des réactions inflammatoires (41). De même, les conséquences du dépôt dans le poumon du bore et des autres composants (résidus d'encre) liés aux fibres de cellulose ne sont pas encore évaluées.
La cellulose, comme tous les produits d'origine végétale, peut être contaminée par des bactéries et des moisissures responsables d'asthmes, d'alvéolites et de réaction de sensibilisation, particulièrement lors de l’emploi (20).

1.3.5. le plomb

Dans les logements construits avant 1948, et plus encore dans ceux d'avant 1913, les peintures sont susceptibles de contenir de la céruse, hydroxycarbonate de plomb, pigment blanc qui a été très utilisé en raison de son fort pouvoir couvrant, de ses propriétés anti-fongiques et anti-humidité. Le vieillissement du bâti, les défauts d'entretien, l'humidité sont à l'origine de la dégradation de ces peintures conduisant à la formation et à la dissémination de poussières et d'écailles riches en plomb, sources d'intoxication.
Ce saturnisme dit de l'insalubrité provoque des troubles réversibles (anémie, troubles digestifs) ou irréversibles (atteinte du système nerveux pouvant compromettre l'avenir intellectuel des jeunes enfants) (49).

1.3.6. Les émissions radioactives

Tous les matériaux provenant de l'écorce terrestre contiennent les éléments radioactifs naturels :
• l'uranium 238 et ses descendants, en particulier le radium 226 et le radon 222,
• le thorium 232 et ses descendants,
• le potassium 40 qui n'a pas de descendant.
Un rapport effectué pour la Communauté Européenne a considéré que la radioactivité naturelle des matériaux de construction est normale si leur concentration en radioéléments est inférieure à 100 Bq/kg de Thorium 232, 100 Bq/kg de Radium 226 et 1 000 Bq/kg de Potassium 40 (50).

La radioactivité naturelle des produits de construction varie selon :
• l'origine géologique et régionale des matières premières :
- plus élevée dans certains granits, schistes alunifères, pierre ponce, pouzzolane ;
- plus faible dans le marbre, le plâtre naturel, le bois.
• l'intégration de déchets industriels dont la concentration en radioéléments est augmentée par les procédés de fabrication :
- gypse dérivé des phosphates, cendres de charbon, laitier de hauts-fourneaux, silicate de sodium.
Les matériaux de construction sont à l'origine de deux types d'exposition à la radioactivité naturelle :
• une irradiation externe par le rayonnement gamma qui concerne l'organisme entier. Dans les bâtiments, les matériaux jouent à la fois le rôle de principale source d'exposition gamma et d'écran vis-à-vis du rayonnement gamma extérieur.
• une irradiation interne par inhalation du radon et de ses descendants à vie courte qui affectent le poumon. Mais, dans l'habitat, le radon provient essentiellement du sol sous-jacent sur lequel il est bâti et secondairement des matériaux de construction selon leur activité en radium, leur facteur d'émanation du radon, le traitement de surface qui peut réduire l'exhalation : peintures non microporeuses (époxy), papier peint. Il est considéré que le radon exhalé de matériaux contenant moins de 100 Bq/kg de radium 226 ne conduit pas à un dépassement de la valeur guide de 200 Bq/m3 dans l'air intérieur des bâtiments (50).

1.4. Polluants liés à diverses autres sources

Les plantes d'appartement, les bouquets de fleurs, peuvent être à l'origine d'allergies par le pollen qu'ils peuvent répandre autour d'eux.

L'eau potable elle-même pourrait, par suite de traitement de chloration, émettre des hydrocarbures chlorés à l'occasion d'un bain ou même d'une simple douche.

2. CLASSIFICATION DES POLLUANTS DE L'INTÉRIEUR

La liste des polluants retrouvés à l'intérieur des locaux est donc très longue et très variée. On peut les classer selon leur nature en composés ou facteurs chimiques, physiques et biologiques (51, 52).

2.1. Polluants chimiques

Parmi les polluants chimiques on peut distinguer :

- des composés gazeux comme le dioxyde de soufre, les oxydes d'azote, l'ozone, le monoxyde de carbone, le dioxyde de carbone, l'ammoniac, l'hydrogène sulfuré,...
- des composés organiques volatils (53, 54) comme le formaldéhyde, l'acétaldéhyde, l'acroléine (55), les hydrocarbures aliphatiques, des hydrocarbures aromatiques comme le benzène et ses homologues supérieurs, des hydrocarbures halogénés et autres solvants, des cétones, des alcools, des phénols, des monomères, des plastifiants et autres constituants de matières plastiques, de résines (56),
- des particules respirables, qui sont le support de composés métalliques ou métalloïdiques et de ses sels (plomb, cadmium, chrome, zinc, mercure, nickel, vanadium, arsenic, sélénium, fluor, chlorures, sulfates, nitrates, sels ammoniacaux,...), ainsi que des hydrocarbures aromatiques polycycliques dont certains sont cancérogènes,...
- auxquels il faut encore ajouter d'autres composants de la fumée de tabac, les pesticides, les polychlorobiphényles, les fibres, etc...

Les polluants chimiques constituent un groupe particulièrement important. Quelques indications ont déjà été données à propos du formaldéhyde, de l'amiante et du radon. D'autres exemples sont fournis ci-après.

2.1.1 Dioxyde de soufre (SO2)

Le dioxyde de soufre, émis à l'extérieur par les foyers industriels et les chauffages urbains, pénètre à l'intérieur des locaux dans des proportions qui vont, selon les (51). La pénétration est moindre en hiver qu'en période estivale, où l'aération est habituellement plus importante. De même il y a moins de S02 dans les locaux récents que dans ceux de construction plus ancienne, traduisant l'influence de la vétusté et de la nature des revêtements des murs sur l'absorption de ce polluant. Toutefois on a constaté que la pierre à chaux peut encore absorber du dioxyde de soufre après 500 ans d'exposition à l'air, cette activité pouvant être entretenue par le ruissellement des eaux de pluie. La pénétration semble varier également en fonction de l'étage du local : elle aurait tendance à augmenter dans les derniers étages du fait des émanations soufrées des cheminées.
Le dioxyde de soufre peut être généré à l’intérieur d’habitat chauffé au charbon qui est malgré tout un mode de chauffage en voie de régression.

2.1.2. Oxydes d’azote (NO et NO2)


D'autres polluants gazeux, les oxydes d'azote, qui, en milieu urbain, ont une origine essentiellement automobile, sont capables de gagner facilement l'intérieur des locaux (57, 58), si bien que, lorsque les fenêtres sont ouvertes, leurs concentrations dans l'air à l'intérieur et à l'extérieur sont semblables quel que soit l'étage. Lorsque les fenêtres sont fermées ou dans les locaux avec conditionnement d'air, le coefficient de pénétration s'établit à des valeurs comprises entre 33 et 60 %. Mais la production endogène de NO et de NO2 peut aussi être importante du fait de l'emploi de cuisinières ou autres appareils équipés au gaz (59, 60, 58), non raccordés (61). Le taux de NO2 dans les appartements où la cuisine se fait au gaz peut être 2 à 8 fois plus important qu'à l'extérieur, alors que les concentrations extérieures et intérieures sont équivalentes lorsque les habitations sont munies de cuisinières électriques. Dans des cuisines, on a pu noter des pointes de NO2 supérieures à 1000 µg. m-3. La fumée de tabac peut encore aggraver la pollution oxyazotée intérieure.

2.1.3. Ozone (O3)

En ce qui concerne l'ozone, les concentrations sont habituellement plus faibles à l'intérieur qu'à l'extérieur. Par ailleurs, la demi-vie d’élimination de ce gaz dans l’environnement intérieur est très courte, entre 7 et 10 minutes (62). L'ozone est un composé très réactif qui se combine avec d'autres polluants en produisant des substances fortement irritantes et odorantes comme les aldéhydes. L'ozone émis par les équipements ou provenant de l'extérieur est capté de manière importante par certains matériaux de construction et induit des modifications dans leurs émissions.
L'ozone est un puissant irritant des muqueuses (nez, gorge, yeux) et altère la fonction respiratoire. Chez les allergiques, l'ozone augmente la sensibilité aux allergènes.

2.1.4. Monoxyde de carbone (CO)


Dans l'habitat, tout équipement défectueux qui utilise un combustible pour le chauffage ou la production d'eau chaude sanitaire peut produire du CO : les cuisinières, les appareils mobiles de chauffage, les chauffe-eau et les chauffe-bains, les poêles à bois et au charbon. Le butane, le propane et le gaz naturel distribué par Gaz de France sont exempts de CO depuis 1970. Les concentrations de CO émises varient en fonction du nombre de brûleurs allumés, de leur réglage et de leur entretien, de la présence de récipients culinaires sur les flammes et des conditions de tirage et de ventilation. Le monoxyde de carbone se retrouve aussi dans la fumée de tabac. Il peut donc être présent dans tous les types de locaux et, du fait de sa grande diffusibilité, il peut facilement passer d'une pièce à l'autre, à l'intérieur d'un même local (63).

2.1.5. Particules

Suite dans le livre "L'air et la santé" publié aux Editions Médecine-Sciences Flammarion sous la direction de Denis Charpin. Mai 2004.305 pages