|
Avec l'air, l'environnement pénètre dans nos poumons. Nous inhalons quotidiennement 12 000 litres d'air représentant 15 kg alors que nous ingérons environ un kilo et demi d'aliments et deux kilos d'eau. Ces différences pondérales soulignent l'intérêt de cet organe de relation qu'est notre appareil respiratoire avec sa surface alvéolaire de 80 à 100 m2. Cette superficie du tissu pulmonaire et sa position sur la circulation sanguine font du poumon un organe stratégique vis-à-vis de notre environnement et une voie d'exposition majeure à de nombreux contaminants.
A la différence de la pollution de l'air extérieur, très médiatisée, normalisée, imposée, celle de l'air intérieur est banalisée, sous-estimée alors que cette contamination est très souvent plus élevée et n'a pas de valeur limite établies. La protection de la population à l'intérieur des locaux, où elle passe 90 % de son temps, est devenu un enjeu de santé publique. C'est l'un des objectifs du Plan National Santé Environnement 2004-2008 dont l'action 14 consiste à "mieux connaître les déterminants de la qualité de l’air intérieur et renforcer la réglementation".
Dans les bâtiments, les polluants proviennent de l’extérieur (dont le radon), mais essentiellement de trois sources intérieures : les appareils à combustion (monoxyde de carbone CO, dioxyde d’azote), les constituants du bâtiment, incluant les équipements et le mobilier (plomb des peintures, formaldéhyde, composés organiques volatils, fibres de toutes sortes) et l’activité humaine (tabagisme, produits ménagers, bricolage, acariens, moisissures, etc.). De nouveaux matériaux et des modes de vie différents conduisent à une augmentation de la pollution intérieure d’autant que la recherche de l’efficacité énergétique conduit à limiter la ventilation ou l’aération de façon excessive.
Les problèmes de santé liés à la dégradation de la qualité de l'air intérieur se manifestent à court ou à long terme. Ils sont soit non spécifiques, liés à un ensemble de facteurs (syndrome des bâtiments malsains, tabagisme passif, sensibilité chimique multiple), soit spécifiques liés à chacun des polluants à l'origine de problèmes allergiques (oculaires, cutanés, ORL, bronchiques et pulmonaires), de manifestations inflammatoires, irritatives ou infectieuses, de symptômes cardiovasculaires ou neurologiques. De plus, certains de ces polluants présentent des potentialités cancérogènes.
Deux stratégies sont indispensables pour obtenir un air intérieur plus sain : diminuer les sources intérieures de pollution et assurer un renouvellement de l'air suffisant. Les produits de construction, en particulier ceux qui sont en contact direct avec l'air des locaux (par exemple, les revêtements de sol, les peintures) doivent être faiblement émissifs de composés organiques volatils et d'aldéhydes et également inertes face au développement des moisissures. Pour éviter toute intoxication, les appareils à combustion ne devraient être utilisés que dans de bonnes conditions de fonctionnement. Les activités des occupants jouent aussi un grand rôle. La cuisson sans hotte aspirante ou sans aération, le bricolage sans précaution, les produits d'entretien et les sprays trop largement pulvérisés, les pesticides ménagers dispersés dans les logements sont autant de sources de pollution à réduire. L'absence de tabagisme dans les bâtiments évite le contaminant majeur de l'air intérieur qu'est la fumée de tabac (benzène, formaldéhyde, CO, etc).
Si occuper c'est polluer, le renouvellement de l'air est impératif. Il a un triple objectif : évacuer l'air contaminé, apporter de l'air neuf et enfin, lutter contre la condensation et l'humidité qui est un véritable polluant qui potentialise tous les autres. L’aération des bâtiments est régie par des textes réglementaires nombreux, pour certains, très anciens. D'autre part, les objectifs d’économie d’énergie peuvent apparaître en contradiction avec les préoccupations d’amélioration de la qualité de l’air intérieur. Face à cette situation, les pouvoirs publics ont donc engagé des travaux de révision de la réglementation ventilation actuelle pour l’aspect hygiène.
|